''C'est un trou de verdure où chante une
rivière,''
L'indifférence des gens autour de l'homme allongé était plus que
sidérante.
''Accrochant follement aux herbes des
haillons''
C'est l'été, tongs, soleil et glaces à l'italienne. Bitume brûlant
les pieds des flâneurs distraits.
''D'argent ; où le soleil de la montagne
fière,''
Concert gratuit sur le parvis de l'hôtel de ville, les gens parlent
et sont heureux,
''Luit : c'est un petit val qui mousse de
rayons.''
Un verre de bière à la main, on parle du mariage d'Untel en
attendant les musiciens.
Au milieu de la foule bruyante un homme dort.
''Un soldat jeune, bouche ouverte, tête
nue'''
Enfin c'est ce que pense tout le monde.
''Et la nuque baignant dans le frais cresson
bleu,''
Pas un ne trouve cela bizarre, pas un ne se demande si c'est normal
qu'un homme repose ainsi,
Sans bouger sur les pavés avec autant de bruit autour de lui,
autant de jambes qui le frôlent.
''Dort ; il est étendu dans l'herbe sous la nue, /
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.''
Combien de passants le contourneront, le regarderont et ne
feront, ne diront rien ?
Combien de personnes demain en regardant les infos télévisés ne
culpabiliseront pas de ne pas l'avoir secoué car ils l'auront déjà
oublié ?
Même quand la présentatrice dira qu'il aurait pu être sauvé et
qu'on te verra à la télévision te déhanchant sur ma musique.
Alors oui c'est un drame qui s'est joué dans l'indifférence totale
mais tu es passé à la télévision, c'est trop génial et puis tu as
même fait coucou à la caméra de France 3 !
'' Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme /
Sourirait un enfant malade, il fait un somme : / Nature,
berce-le chaudement : il a froid.''
Je suis gentille pourtant, je ne te demande pas grand chose.
Juste que tu assumes une fois pour toute ta putain de curiosité
malsaine. Ne dis pas non, je t'ai vu ralentir sur l'autoroute
l'autre fois, quand il y a eu un accident, dans l'espoir
d'apercevoir des blessés graves, des petits enfants qui ont perdus
leurs bras et leurs parents et leur innocence.
Assumes putain ! et dans cet état d'esprit vas secouer ce pauvre
sans abri pour pouvoir dire à tes collègues demain que tu as sauvé
un gars presque mort. Ne sois pas indifférent, allez ! c'est drôle
pourtant. Non ? Non. C'est trop tard de toute façon.
''Les parfums ne font pas frissonner sa narine
;''
L'homme, aurait du mourir poignardé, on se serait alors préoccupé
de lui à la vue du sang.
Il dort dans le soleil, la main sur sa
poitrine,''
La musique et si forte... cet homme est mort et on s'en fout parce
que ce soir commence la nouvelle version de Secret Poubelle et
qu'on a autre chose à foutre que de se préoccuper de son prochain
parce que c'est comme ça, la vie en France.
''Tranquille. Il a deux trous rouges du côté de
droit.''
Arthur Rimbaud, ''Le Dormeur du val'',
1870
VAE 2011.
Qui est Xavier Granier (nom du titre) ?
Car le 27 Juin 2011, en France, ce fut le jour le plus chaud de
l'été : 39,0°C, et ce même jour à la Rochelle mourrait Monsieur
Xavier Granier, sans abri, 54 ans. D'autres sans abris au moins
sont morts le même jour pour la même raison.
http://www.mortsdelarue.org/ Voilà c'est tout.







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